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Bonsoir les amis, c’est le 31, je ne vous apprends rien, je tiens juste à vous parler un petit peu des deux choses auxquelles nous n’échapperont pas cette année encore une fois à moins d’habiter une grotte sans réseau Wifi et espérer avec mon petit rappel partager avec vous quelques minutes de votre mardi.
La première des choses, c’est cette question qui est revenue de façon de plus en plus insistante ces derniers jours : alors, tu fais quoi pour le Nouvel An ? Comme si c’était ce soir ou jamais qu’il fallait s’amuser follement et passer la meilleure soirée de l’année. La seule bonne réponse à mon avis c’est de faire ce que bon vous semble sans vous sentir obligés de faire la fête, sans vous sentir comme le plus grand des looser si vous n’avez pas de plan ou vous traîner à une soirée juste parce que ça serait déprimant de ne rien faire, ça sera encore plus déprimant de vous forcer, croyez-moi. Personnellement j’ai déjà passé le nouvel an à mater ma série préférée sous ma couette, à marcher avec un ami dans les rues de Paris, à regarder l’émission spéciale de Drucker avec mes parents, bref à passer une petite soirée tranquille. J’ai passé d’autres réveillons à faire la fête et c’était bien aussi, mais pas plus qu’un autre soir. Pour ceux qui sortent ce soir et qui prennent leur voiture, par pitié pas d’alcool au volant, pas de rallye Casa-Marrakech en une heure et trente minutes, pas de cécité sélective aux feux rouges, ça ne sont pas tant vos misérables petites vies d’irresponsables qui me préoccupent mais celles de vos proches et de vos victimes qui ne vous ont rien demandé. Si je vous tanne à ce sujet, ce n’est pas pour donner des leçons, vraiment, on a tous été jeunes et cons mais avec l’âge on commence à compter dans ses connaissances deux ou trois personnes qui se sont méchamment plantées pour conduite en état d’ivresse et s’il n’y a pas de mort intelligente, il y en a des évitables. L’année dernière, sur les plus de quatre mille morts dues à des accidents de la route au Maroc, plus de 80% étaient dues à un « facteur humain », les chiffres exacts du facteur ébriété restent flous parce que bien évidemment le citoyen maroco-musulman ne consomme pas d’alcool, mais en attendant que notre société et nos lois fassent leur coming out à ce sujet, il est de notre devoir de regarder la réalité en face et de nous responsabiliser. Alors je ne sais pas moi, dormez sur place, appelez un taxi, désignez un « capitaine de soirée » qui ne consommera pas d’alcool, rentrez à pied mais ne prenez pas le volant.
L’autre constante des fins d’années, c’est cette manie, devenue règle de politesse, de souhaiter du bonheur à son entourage – ce soir là précisément – un vœu annuel qui couvre la période du 1er janvier au 31 décembre prochain comme si le bonheur arrivait en tranches prédécoupées, un bonheur prêt à consommer de chez Picard qu’il suffit de laisser décongeler sur le reste de l’année. Qu’on le veuille ou non, qu’on en soit conscient ou pas, cet échange de bonnes manières nous pousse insidieusement à nous demander si nous avons réellement été heureux cette année, si nous en avons pris conscience et si nous ne nous sommes pas rendus malheureux à essayer de saisir des moments de bonheur au lieu de les observer et de les laisser couler. Autant de questions qui nous font tourner la tête comme autant de bulles de champagne ou de Oulmès, selon les goûts, et qui me renvoient à l’idée que je me fais du bonheur. Une grande partie d’entre nous aura saisi, à nos âges plus ou moins avancés, que le bonheur n’est pas un état mais un moment, mais comment caractériser ce moment ? Quel est le point commun entre les moments où nous nous sentons heureux ? Pas satisfaits, heureux ? Pour moi c’est une sorte d’oubli de soi et d’entrée en résonance avec le monde environnant. L’oubli de soi c’est cet instant un peu étrange où on n’a plus d’âge, plus de sexe, où on pourrait être n’importe quelle créature qui vit, où cela n’a plus aucune importance et où on se fond dans le présent, dans ce qui est en train de se produire. L’entrée en résonance avec le monde environnant est ce qui vient nous sortir de nous-mêmes, de notre esprit, ça peut être une connexion avec notre propre corps, avec autrui, avec la nature ou avec une œuvre humaine mais dans tous les cas, il se passe quelque chose qui vient arrêter la machine à penser, comme si on ouvrait une fenêtre et que le vent s’engouffrait dans nos têtes. C’est ça entrer en résonance avec le monde. Je l’ai ressenti en faisant du sport, en faisant mon boulot et en me « connectant » de façon un peu spéciale avec certaines personnes, en marchant dans un parc, en découvrant un tableau de Soutine (« La Folle » pour ceux que ça intéresse)…en faisant des choses très simples et des choses moins simples. L’art est ce qui par excellence produit ces chocs-là, c’est la création d’un homme qui vient impacter un autre homme, le percuter et c’est justement parce que l’artiste a cette capacité à se connecter au présent et à ce qui l’entoure. La beauté serait donc une connexion parfaite au temps et à l’espace ? Peut-être…mais ça n’est pas ce qu’on nous souhaite en ce soir de fête, on vous a dit du bonheur, pas de la beauté. Alors le bonheur, ou les moments de bonheur, comment ça marche ? Comment on fait pour les ressentir ? Rien de particulier j’ai envie de dire, ou plutôt, ce qu’on a l’habitude de faire tous les jours, l’idée c’est de rester en mouvement et de garder les yeux grands ouverts, c’est une disposition de l’âme sur fond de mouvement perpétuel, une façon de regarder autours de soi et on apprend avec le temps, si on est très patient, à se défaire de l’angoisse. L’angoisse de perdre ce qui est en train de nous rendre heureux, la peur d’être malheureux quand on l’aura perdu. Cette envie d’attraper, de posséder, d’avoir, voilà la source de nos malheurs. Alors si je peux vous souhaiter quelque chose ce soir, c’est de ne plus avoir envie de posséder quoique ce soit ou qui que ce soit. Croyez-moi, c’est le plus beau vœu qu’on vous aura adressé.
C’est à peu près tout ce qui me traverse l’esprit, je ne vous ferai pas la blague de « à l’année prochaine », c’est tellement agaçant, je ne prendrai aucune résolution pour 2014, je ne ferai pas de bilan annuel pour la simple raison que je déteste faire le point sur commande, ça m’angoisse et de toutes les manières je n’ai aucune crainte à avoir pour l’année prochaine puisque mon horoscope dit que ça sera l’année des Poissons, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, je vous remercie.

Ahlam Daoudi Chaieri

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