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Dans ma Benz, Benz, Benz

Hello again, comment allez-vous ? Bien, forcément, puisque je ne vous ai pas encore abandonnés à vos tristes sorts, n’est-ce-pas ? Moi ça va, je vous remercie, j’ai décidé de ne pas lire le moindre article sur Dieudonné cette semaine bien que j’aie vu défiler toutes sortes de titres comme tout le monde et je m’en porte merveilleusement bien. Non mais c’est quoi ce tsunami médiatique ? Ils n’ont vraiment plus rien d’autre à foutre les Français ? C’était bien la peine que ce pauvre Voltaire se batte toute sa vie durant pour la liberté d’opiner. Bon d’accord, je fais ma petite cruche et je me doute bien qu’il y a d’autres enjeux à cette affaire mais je trouve que les médias français sont au plus bas ces dernières années et ça me fait de la peine, nous en reparlerons une autre fois si vous le souhaitez, là je suis profondément agacée. Entretemps, je ferai des chroniques de Zakaria Boualem mon unique source d’information, je pense que ça devrait me réconcilier avec la presse.
Pendant que les médias français agonisent sous mon regard consterné, un autre sujet me tracasse depuis quelques temps. Je vous rassure il ne s’agit de rien de grave, juste de ma voiture…après le téléphone, vous me direz, c’est quoi son problème avec les objets, elle ? Eh bien c’est comme ça, je me questionne des fois, sinon je n’écrirais pas un traître mot et vous seriez en train d’errer sur vos Facebooks respectifs, ne sachant pas quoi déballer de vos vies privées pour récolter deux ou trois likes en cette longue soirée d’hiver.
Allez, j’arrête de divaguer et je vous résume un peu la situation : en rentrant de Paris il y a plus de deux ans, j’ai allègrement pioché dans le garage paternel une petite voiture fort sympathique, d’une maison tout aussi sympathique avec trois initiales tout à fait appréciées par les moutons que nous sommes. Cette petite voiture avait pour caractéristique d’être automatique. Fort bien vous me direz, c’est assez pratique, c’est vrai qu’on s’y fait très vite et qu’on trouve que c’est tout à fait confortable jusqu’au jour où tout le circuit grille et que vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer (je vous épargne les difficultés de la réparation, l’aversion définitive de mon père pour les voitures automatiques et son refus ferme de me laisser la récupérer). Bref, dans l’urgence, mon pauvre petit papa m’envoye illico une autre voiture pour me dépanner, une voiture sans initiale, une brave petite auto française qui fait son boulot de vous emmener d’un point A à un point B, qui ne brille certes pas par son design, qui montre des signes de Parkinson dès qu’on dépasse les 100 km/h mais qui a le mérite d’exister et de ne pas m’avoir coûté un rond. Tout cela est arrivé il y a un an exactement, je venais de m’installer à Casablanca et de commencer ma vie professionnelle, je me suis donc dit : on fait avec pour commencer, avant de la remplacer dès que possible par une consœur allemande plus…allemande.
Les mois ont défilé très vite – je vous parlerai de mon année casablancaise un autre jour, mais globalement ça va vite, la vie, le temps, les dépenses, les rencontres, tout va très vite – et je me rends compte que cette petite voiture, qui n’a certes pas une allure folle, m’a fidèlement accompagnée tout le long de cette année, qu’elle m’a emmenée à Tanger, à Rabat, à Marrakech à son petit rythme de tortue, qu’elle s’est régulièrement pris sans broncher les coups, les éraflures, les dos d’ânes et vas-y que je te casse un phare en reculant, que je te fais une profonde entaille parce que je hais la société en général et les gens qui ont une voiture en particulier et que c’est vraiment ça la solution à mes problèmes…elle m’a bravement attendue des journées entières garée n’importe où, n’importe comment, a vaillamment résisté à la pollution, au vent, à la pluie, au cagnard, s’est faufilée dans la jungle casablancaise, ne s’est pas laissée démonter par le bus qui essaye de la doubler par la droite, le taxi rouge qui freine quand ça lui chante et les passants qui traversent quand ils veulent les yeux pleins de défiance, du genre vas-y ose me frôler si tu veux que ta journée soit définitivement foutue.
Alors pourquoi la changer ? La première raison qui me vient à l’esprit, petite femelle de mouton que je peux être, c’est parce qu’elle n’est pas très belle. Mais encore ? Ben voilà…Ah oui ! Et puis parce qu’elle n’est pas très sûre si je dois prendre la route, ce qui m’arrive à peu près une fois tous les trois mois. D’un autre côté si je veux la changer, il est hors de question de retourner chez mon père la queue entre les pattes quémander une autre voiture, d’abord parce que lui trouve que les petites françaises, c’est tout à fait charmant et surtout parce que entretemps j’ai commencé à travailler et que je suis une grande fille autonome maintenant et qu’à Bac+17, ça devient inacceptable de faire de la mendicité. Et là, le dilemme, faut-il s’endetter pour rouler dans une jolie voiture qui va se faire cabosser au minimum une fois par mois dans cette ville qui tient plus du Bronx que du plus beau pays du monde ? Ne vaut-il pas mieux garder ses sous pour voyager, sortir, acheter des sapes, vivre tranquillement sa vie au quotidien ? Ou se priver de tout ça, sortir en tout cas sa calculette à chaque fin de mois, juste pour rouler dans une jolie caisse ?
Hummmm, je vous avoue que le dilemme n’a pas duré très longtemps, aussitôt la question posée, je me suis rendue compte que je n’en avais absolument rien à cirer de la marque ou de la tronche de ma voiture à partir du moment où elle m’emmène là où je le lui demande, que je quitte Casablanca assez peu finalement et quand je le fais, c’est souvent par d’autres moyens de transport (non pas à dos d’âne) et puis changer de voiture pour me priver du reste, qui me fait réellement plaisir, c’est juste l’idée la plus stupide de l’année, mais j’ai encore le temps d’en trouver plein d’autres, on n’est qu’en janvier. Je ne la changerai que lorsque je gagnerai beaucoup plus d’argent ou si jamais vous décidez de vous cotiser pour mon anniversaire, c’est dans deux mois, ça vous laisse le temps de vous organiser.
Si j’ai choisi de vous parler de cette petite affaire, ce n’est pas uniquement parce que je n’ai rien d’autre à raconter cette semaine, mais c’est surtout parce que je trouve que c’est typiquement le genre de projet dans lequel on peut se lancer sans réelle envie et sans aucun besoin, simplement parce que « ça fait mieux » aux yeux des autres et qu’il faut prendre le temps de se demander si ça a une quelconque importance. Après, pour ceux que ça rend réellement plus heureux d’avoir une belle voiture, je ne dis rien mais ça n’est pas mon cas. Ce qui participe à mon bonheur, c’est de voyager, sortir, voir mes amis sans avoir à tenir des comptes et je ne pourrais pas supporter de devoir me limiter là-dessus. C’était donc pour vous rappeler, comme je me le suis rappelée à moi-même, qu’il faut prendre le temps de se demander à chaque étape ce qui est important pour nous dans une société qui pousse à une consommation ininterrompue et dans laquelle on est vite pris dans le cyclone du il faut acheter ci et absolument avoir ça et aller là-bas et connaître untel…bref ça n’en finit pas et on a tendance à oublier que le bonheur, ça ne se vend pas encore en magasin, ça n’est pas livré en option avec des jantes en aluminium et des sièges en cuir, que globalement, ça n’est jamais arrivé de l’extérieur.

Ahlam Daoudi chaieri

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