La grossesse …un évènement pas toujours heureux, pour le couple ! Featured

08 Mar 2019
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Le dépistage des difficultés psychiques concernant aussi bien la femme elle-même que le couple fait partie intégrante du suivi de la grossesse. Une anxiété, une dépression, des troubles du sommeil nécessitent quelquefois une consultation en milieu spécialisé (psychologie voire psychiatrie).

Quand il existe des troubles psychiatriques graves il est nécessaire de proposer une consultation avec un psychiatre.

L’anxiété doit être différenciée de la peur (entre autres de l’accouchement). La femme enceinte ne doit pas hésiter, à faire part de ses craintes, à parler de ses soucis, de ses troubles du sommeil, de son anxiété, de son stress, éventuellement de sa dépression qui peut se traduire quelquefois par, simplement, une perte d’intérêt ou de plaisir, une diminution des activités. L’ensemble de ces symptômes nécessite l’ouverture d’un dialogue qui nécessitera parfois l’intervention d’un spécialiste en psychologie. Ce qui précède explique la nécessité à toutes les femmes enceintes, au cours du premier trimestre de la grossesse, d’un entretien individuel qui permettra de repérer les situations de vulnérabilité et de proposer les réponses les mieux adaptées.

La grossesse et la naissance d’un enfant constituent une étape charnière dans la vie d’une femme. Cette phase évolutive chez la future mère demande un grand effort d’adaptation, et ne constitue pas toujours une aventure heureuse. Les complications psychiatriques sont là pour en témoigner, complications au cours de la grossesse et, surtout, en post-partum. Ainsi, pour un nombre non négligeable de femmes, la naissance est malheureusement associée à un premier épisode psychiatrique, à la rechute ou à l’aggravation d’un trouble psychiatrique préexistant.

En évaluant, pour une femme en âge de procréer, le risque qu’elle encourt d’être hospitalisée pour un épisode psychiatrique au cours de son existence, on constate que ce  risque est multiplié par 15 ou 20 dans les 3 mois qui suivent un accouchement et par 35 pour une primipare le premier mois. C’est à dire qu’1 à 2 femmes pour mille présentent des troubles psychiques assez sévères en post-partum précoce pour être hospitalisée en psychiatrie. Un phénomène semblable ne se retrouve à aucun autre moment de l’existence, même après un événement de vie grave comme un deuil. Ce fait alimente une discussion toujours vive et actuelle: existe- t-il une spécificité des troubles puerpéraux, sont-ils une entité clinique autonome dont la puerpéralité serait l’agent causal, ou bien la puerpéralité n’est-elle qu’un événement de vie précipitant l’émergence de syndrome psychiatrique chez une femme vulnérable ?

– La grossesse, période de réaménagement psychique :

Avec la maîtrise de la fécondité, les couples parlent de leur désir d’enfant, sans percevoir pourtant combien celui-ci est imprégné de représentations fantasmatiques inconscientes dont les racines plongent dans les premières expériences de l’enfance. Le désir de maternité est intriqué au désir d’enfant, mais les deux ne sont pas exactement  du même registre. Il faut distinguer celui du narcissisme (je suis enceinte) et celui de la relation objectale (j’attends un enfant) et l’on sait que certaines femmes vivent le seul fait d’être enceinte comme un état de complétude imaginaire qui les comble, sans qu’elles puissent toujours se représenter le terme de la grossesse.

La genèse de la maternité est le fruit d’un processus complexe qui commence dès le premier âge, dans les relations du bébé fille avec sa propre mère, se poursuit dans la manière dont sont vécus le conflit œdipien, et la valorisation que le père apporte à sa fille, future mère.

Le terme de « maternalité » désigne l’ensemble des « processus psychoaffectifs qui se développent et s’intègrent chez la femme à l’occasion de la maternité ». Cette période correspond à une nouvelle crise maturative, comparable à maints égards à celle de la puberté ; comme à l’adolescence, il s’agit bien de la rupture d’un équilibre en vue de déboucher sur un nouvel équilibre et comme cette dernière, elle fait intervenir de multiples facteurs hormonaux, neuropsychologiques, sociologiques, ethnologiques qui contribuent aux réaménagements nécessaires sur un plan conscient et inconscient ainsi qu’à l’émergence d’une nouvelle identité sociale.

-Réactivation et remaniement des conflits infantiles :

Les psychanalystes ont souligné l’importance de la réactivation et du remaniement des conflits infantiles, marqués par une régression pulsionnelle et un réaménagement des liens œdipiens. Ce travail psychique « chez la femme devenant mère » réactive en particulier les relations archaïques de la mère avec sa propre mère et nécessite un réaménagement de celles-ci : on constate d’ailleurs une plus grande fréquence de troubles du postpartum (dépressions, difficultés relationnelles précoces avec le bébé) chez les femmes ayant des relations difficiles avec leur propre mère. Ainsi, ce processus de maternalité dépend de données historiques et structurales antérieures, mais aussi de la manière dont ont pu être élaborés certains événements de vie (en particulier les deuils). Il dépend également du contexte actuel, conjugal, familial, social, médical qui va infléchir dans un sens ou dans un autre ce processus lié à la grossesse. Progressivement, les représentations du bébé attendu vont se transformer, et le bébé imaginaire du début de grossesse, tributaire de la vie fantasmatique des parents va faire place à la possibilité d’accueillir un bébé réel. En même temps, la mère va accéder à un état particulier de disponibilité totale pour son bébé, décrit sous le vocable de « préoccupation maternelle primaire ».

– Transparence psychique chez la femme enceinte :

Etat caractérisé par un abaissement du seuil de perméabilité à l’inconscient et au préconscient qui permet que des reviviscences mnésiques et des fantasmes régressifs habituellement refoulés, affleurent à la conscience. Dans cet état relationnel particulier peuvent se réactualiser certains souvenirs (abus sexuels, deuils) habituellement contre-investis, ou certains conflits fantasmatiques jusque-là soumis à la censure.

Ces modifications psychologiques profondes de la grossesse ne s’extériorisent pas nécessairement. Néanmoins, on peut observer quelques manifestations comportementales mineures et transitoires comme une labilité émotionnelle, des modifications du sommeil (hypersomnie du début de grossesse par exemple), des réactions d’irritabilité, de l’anxiété, une dysphorie.

 – Dispositions psychiques usuelles dans le procès d’enfantement :

Le procès d’enfantement s’accompagne d’un remaniement identitaire de la femme et de son compagnon. La future mère mobilise toutes ses capacités pour s’adapter au bouleversement de son monde interne et externe. Cette élaboration d’un nouvel équilibre narcissique met en jeu les identifications passées, notamment à sa propre mère, et oscille entre un mouvement régressif de repli sur soi et un mouvement grandiose de projection dans l’avenir. La «préoccupation maternelle primaire» conduit à un état régressif de symbiose avec l’enfant à naître, comprenant à la fois une acuité intense aux besoins de l’enfant et une dissociation abrasant les investissements externes. Pour la femme, cette identification à son enfant mobilise des images internes relatives à sa propre enfance, y compris dans son lien à sa propre mère, voire relatives à un traumatisme personnel ancien ou récent.

En dehors de toute atteinte psychique caractérisée, des femmes peinent à trouver un équilibre. Ainsi, contrepoint aux idéaux, certaines se questionnent quant à leur compétence pour l’accouchement puis comme mère, dans une peur croissant avec la proximité de la naissance. Lors de grossesses de jeunes adolescentes, il arrive que prédomine le désir d’être enceinte (fuite en avant narcissique dans une rivalité avec leur propre mère), associé à un déni de la grossesse réelle et des nécessités qui y sont attachées. Du côté du père, la conscience de la mortalité le porte avant tout à l’image de la perpétuation d’une lignée et la transmission d’un nom. Cependant, chez les hommes existe aussi le désir de régression fusionnelle à l’image de celui de leur compagne ou de leur mère. Ainsi, il n’est pas rare d’observer toutes sortes de manifestations somatiques chez les pères au début de la grossesse de leur femme. Le plus souvent, il s’agit de nausées et de troubles digestifs ou alimentaires, par exemple prise de poids ou sensations buccales. Les deux membres du couple sortent transformés de ce processus. En effet, la naissance d’un enfant signe parfois l’issue d’une contemplation narcissique sur le mode para-incestueux de certaines relations frère- sœur.

Dans les cas où existe un risque somatique pour l’enfant ou la mère, le péril génère une forte anxiété. Elle ne marque pas un excès de sensibilité psychique, mais au contraire un bon fonctionnement des parents. En effet, l’angoisse, signal d’alarme, prépare au danger et en protège. Souvent, les pères, préférentiellement dans l’action ou le détachement, fuient la situation sans exprimer leurs craintes et leurs sentiments.

Cette souffrance psychique maternelle durant la grossesse est spécifique, car elle atteint la mère dans son identité. Ces difficultés peuvent aussi être partagées par le père, mais surtout par le nourrisson, d’où l’intérêt des soins dans le cadre de la triade père mère bébé.

Dr. Hicham El Assli

Last modified on vendredi, 08 mars 2019 17:34
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