Gueule de bois Featured

13 Mar 2019
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Il paraît qu’il y avait une fête samedi dernier, une méga-teuf internationale par laquelle nous nous sommes sentis concernés dans le plus beau pays du monde et je me demande bien pourquoi. Avant de vous dire ce que j’en pense réellement, je veux faire mon mea culpa. Je veux présenter mes excuses publiques à l’amie qui m’a traitée de meskina la semaine dernière. J’ai fermement conclu à une insinuation à peine voilée sur mon célibat alors qu’en fait, elle a dit ça sans aucune arrière-pensée, mais vraiment aucune, j’en ai eu la certitude. Ma précipitation à tirer mes conclusions me fait dire que je ne suis pas non plus à l’abri des préjugés sur les autres. Alors évidemment, il en reste des milliers à montrer une certaine condescendance pour les filles célibataires et je continue à en penser ce que j’en pense, il faut juste que j’ajuste deux ou trois réglages à mes capacités de discernement pour ne pas basculer dans un excès de susceptibilité. Ceci étant dit, revenons à nos moutons.
On n’en peut plus de cette Journée de la Femme, par pitié abolissons-là. Je sais bien que chaque mois a son lot de torture, la Saint Valentin à la limite c’était neuneu mais pas bien méchant, mais là ! C’est vraiment une grosse blague, du foutage de gueule à l’échelle mondiale. Est-ce-que quelqu’un peut me dire quel sens il donne à cette journée lorsqu’il nous souhaite une bonne fête ? Qu’est-ce-que cela représente exactement pour lui en tant que marocain souhaitant une bonne fête à une femme marocaine ? Qu’il aime sa maman, ses sœurs et la mère de ses enfants ? Est-ce-qu’il se sent écœuré à l’idée que des filles sont privées d’éducation parce qu’il y a mieux à faire dans la vie, comme trouver rapidement un mari et se reproduire ? Est-ce-qu’il pense à toutes les femmes dont on a saboté le potentiel en leur expliquant que là où leurs capacités sont le mieux exploitées c’est derrière les fourneaux ? Est-ce-que celui qui envoie des roses – par Whatsapp s’il vous plait, je sens que je vais me tirer une balle un de ces jours – est-ce-que ce monsieur se sent révolté lorsqu’il constate que ces concitoyennes ne bénéficient ni des mêmes droits ni de la même liberté que lui ? Je me le demande.
Vu l’empressement avec lequel tous les garçons nous ont félicitées, je me dis que ça doit leur donner bonne conscience. Pourquoi pas ? Mais bonne conscience par rapport à quoi exactement ? Pour se dire qu’ils sont gentils avec les femmes, qu’ils ne les battent pas, qu’ils veulent bien qu’elles fassent des études, qu’elles travaillent ? Mais combien parmi eux sont réellement indifférents au sexe de la personne qui est leur supérieur hiérarchique ? Qui les dépasse en termes de responsabilités, de compétences, de salaire ou de pouvoir ? J’en connais quelques uns je vous rassure, des hommes tout droit tombés du ciel qui n’en ont rien à cirer de savoir si vous êtes nés dans un chou ou dans une rose pourvu que vous ayez le savoir-faire requis. Des hommes qui se battent aux côtés des femmes pour qu’elles puissent s’épanouir dans tous les domaines de leurs vies. Ils ne constituent malheureusement pas la majorité, pas même la moitié, pas le dixième, je n’émettrai aucune estimation sur leur nombre pour ne pas vous déprimer et puis il y a les autres…et à ces autres, j’ai envie de dire, on en est encore là ? À devoir répéter et enseigner que la femme doit être respectée, traitée d’égale à égale, dans le monde professionnel aussi bien que dans la sphère privée ?
Un coup d’œil à la presse nationale me rappelle à la triste réalité de mon pays où les questions des violences faites aux femmes sont abordées, les violences physiques et les violences morales. Leurs droits purement théoriques en cas de divorce et qui aboutissent si peu, le mariage des mineures, l’absence de protection digne de ce nom en cas de viol, la proposition d’épouser son violeur qui est une abjection telle que je manque de vomir à sa seule évocation, le déni total de l’avortement alors que sa pratique est quotidienne et qu’elle nécessite un encadrement et un accompagnement médicalisés. La détresse des plus précaires, des petites bonnes, des immigrées, des mendiantes, des prostituées qui sont dans un isolement tel que leur vie et leurs corps sont constamment menacés et leur santé mentale à la merci de leur sort. Les filles privées d’éducation. Les femmes dépouillées de leur héritage. Les mères célibataires jetées aux flammes et les amours clandestines passibles de prison. Vous avez dit bonne fête de quoi déjà ?
Le plus drôle dans tout ça, la vraie blague du siècle, c’est que tout le monde refuse d’écouter une vérité simple et limpide que d’éminents scientifiques nous répètent depuis les années 90. Cette vérité est qu’il n’existe pas de différence biologique entre un cortex féminin et un cortex masculin. Cortex ? C’est la couche supérieure du cerveau, la plus récente dans l’évolution, celle qui nous a au fil des siècles différenciés des amibes, c’est la partie de notre cerveau qui pense, qui apprend, qui réfléchit, qui projette et qui décide. Toutes les théories d’hémisphère dominant chez l’un ou l’autre des sexes, de connexions différentes, des hommes qui seraient davantage doués pour la projection spatiale et les mathématiques, des femmes qui sauraient mieux mener plusieurs tâches à la fois et seraient plus enclines au bavardage, tout ça c’est du pipeau, jamais démontré par la moindre étude scientifique digne de ce nom.
La seule différence neurologique qui découle de nos chromosomes X et Y respectifs, c’est l’imprégnation par des hormones différentes de la couche la plus profonde, la plus ancienne de notre cerveau, notre hypothalamus (ça remue des souvenirs lointains de biologie j’imagine) ou encore notre cerveau reptilien. C’est l’aire purement animale de notre système nerveux puisqu’elle contrôle tout ce qui échappe à notre conscience, la reproduction notamment (et les organes sexuels propres à chacun), la régulation thermique, les sensations de faim et de soif, les cycles d’éveil et de sommeil. C’est là où résident nos seules différences et encore ! Ces différences sont largement effacées par le fait que les fonctions de sexualité et de reproduction sont séparées chez l’être humain.
Qu’est-ce-qui fait donc que l’on attribue certaines caractéristiques à l’homme et d’autres à la femme ? Certainement pas leur neurones, qui sont les mêmes. Toutes les différences de comportement résultent du conditionnement, de la répartition des tâches telles qu’en ont décidé l’éducation et la société.
Tout n’est qu’apprentissage et suggestion. Stimulez n’importe quelle zone cérébrale chez un individu de n’importe quel âge et de n’importe quel sexe et cette zone augmentera de volume au fur et à mesure qu’il intégrera des connaissances nouvelles. Répétez (et quand je dis répétez c’est tout l’entourage voire toute la société qui s’y met) à quelqu’un qu’il n’est pas doué pour une tâche donnée et vous diminuerez considérablement ses chances de la réussir. Ne dites rien et offrez le même enseignement à un homme et à une femme et ils feront pareil. Il est même prouvé que la différence de corpulence entre les deux sexes est due à la croyance que les hommes ont besoin de manger plus, ils se dépenseraient plus ces petits cœurs, cette croyance totalement fausse fait qu’on sert de plus grandes parts aux hommes, même que dans certaines sociétés les femmes mangent les restes. De ce fait, les femmes ont hérité de corps plus menus.
Bref on nous répète depuis la nuit des temps que nous sommes différents, nous ne le sommes pas, pas à la naissance et pas dans les activités qui font de nous des êtres humains, des êtres à la fois d’abstraction et d’action.
Nous ne sommes différents que par le taux d’hormones que nous sécrétons au moment de nous reproduire mais notre cortex a échappé depuis des siècles à leur contrôle : nous ne choisissons plus nos partenaires selon les critères de survie de l’espèce, les périodes de rut sont épargnées à la plupart d’entre nous (je plaisante), nous ne nous mettons plus en couple uniquement pour faire des enfants, d’autres considérations entrent en jeu, nous pouvons d’ailleurs faire le choix de ne pas faire d’enfant du tout, de nous mettre en couple avec un partenaire du même sexe (ah non ça nous ne pouvons pas le choisir, autant pour moi)…cette différence hormonale n’intervenant plus dans notre vie relationnelle, intellectuelle, pourquoi continuer à s’accrocher fermement à des idées préconçues que les plus grands neurobiologistes de notre siècle réfutent ?
Eh bien parce que ces différences semblent arranger les sociétés patriarcales comme celle dans laquelle nous vivons. Parce que ces messieurs n’ont peut-être pas envie de partager leur part du gâteau avec leurs concitoyennes, de reconnaître que les femmes font tout aussi bien dans les études et dans le monde du travail, qu’elles méritent d’accéder aux mêmes postes et aux mêmes rémunérations.
Le pire c’est que beaucoup de femmes se dévalorisent elles-mêmes à force de s’être entendu répéter ces préjugés. Elles sont convaincues que tel métier ou telle activité ne sont pas pour elles, que c’est trop dur, que c’est un truc de mecs, qu’elles ne peuvent pas faire passer leur carrière avant leur vie privée, que ça serait quand même monstrueusement égoïste, une véritable trahison au rôle que la nature leur a attribué. La pauvre nature n’a rien attribué à personne, ce sont les sociétés qui ont réparti les rôles comme ça les arrangeait, pour ne pas dire les hommes. Les femmes qui acceptent passivement cette pseudo-incapacité ne se rendent même pas compte qu’elles jouent un rôle que d’autres ont écrit pour elles, qu’elles se laissent guider comme des marionnettes alors que c’est de leurs vies qu’il s’agit. Elles se laissent infantiliser par d’autres personnes et passent à côté de leur potentiel, elles ne le connaitront jamais.
Ma dernière question, qui restera ouverte, est de demander pourquoi cette égalité hommes-femmes fait si peur depuis des décennies, voire des siècles dans certains pays ? Pourquoi les sociétés sont si réticentes à l’accepter ? Dans quelle ampleur ça déstructurerait l’architecture d’une nation ? Naïvement, j’ai envie de dire que ça ne serait pas si dramatique, que les havres de d’égalité que j’ai connus aussi bien sur un plan personnel que dans la plupart de mes expériences professionnelles sont des modèles qui fonctionnent très harmonieusement. Qu’une fois ravalés les égos déplacés et remis en question les préjugés millénaires, tout va bien dans le meilleur des mondes.
Alors pourquoi se refuser à en faire l’expérience à plus grande échelle ? Pourquoi cette résistance ? Les hommes ont peur d’y perdre quoi au juste ? De l’argent ? Leur confiance en eux ? L’idée qu’ils se font de leur virilité ? C’est tellement beau un homme qui se bat la main dans la main avec les femmes pour l’émancipation et l’égalité de tous, la collaboration dans toutes les tâches de la vie, ça le grandit tellement à nos yeux et chacun y trouve un tel épanouissement.
En gros, nous avons deux possibilités : continuer à jouer ce mauvais vaudeville pour des lustres encore mais nous resterons une société frustrée et incomplète ou bien vivre en parfaite harmonie dans une société qui permet aux femmes d’être heureuses et épanouies et qui transmettent ce bien-être aux hommes de leurs vies, si seulement nous arrêtions de faire la sourde oreille aux évidences. C’est la science qui se tient derrière nous pour affirmer la plus belle des choses, que rien n’est inné, que rien n’est figé, que tout est à notre portée pourvu que l’on nous donne les moyens d’y accéder.
Ahlam Daoudi Chaieri

Last modified on mercredi, 13 mars 2019 18:11
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