Mes désirs font désordre

desirNous ne sommes pas des suppôts de Satan. Non, nous ne faisons pas légion. Nous ne sommes pas forcément l’archétype de la « camionneuse » ou de l’éphèbe élancé aux sourcils en biais. Nous respirons le même air que vous (n’en déplaise à Casanova que ça insupportait de partager le dioxyde de carbone des autres), nous ne nous targuons pas d’une quelconque « valeur ajoutée ». Nous ne prétendons pas pour autant que les vôtres de penchants sont désuets. Loin de nous l’intention d’estropier l’institution du mariage. Nous ne nous posons pas en victimes, ni en sombre menace susceptible d’ébranler la norme . D’ailleurs, qu’est-ce que la norme ? Nous ne revendiquons rien si ce n’est un tact réciproque.

Nous sommes de ceux qui ne militent même pas pour les feux de la rampe, ça ne nous intéresse pas parce que, comme vous, nous avons des réfrigérateurs à remplir de provisions et des factures dont nous devons nous acquitter. Et que nous procédons par ordre de priorités. Tout comme vous.Nous n’avons aucune prétention. Nous avons les mêmes aspirations que vous. Nous consommons les mêmes yaourts infects, fréquentons les mêmes endroits snobs et insipides où nous allongeons des billets pour des prestations aussi médiocres que coûteuses, descendons les mêmes Chardon & Moët les jours de fête, jeûnons ou mangeons kasher selon la confession. Il ne s’agit pas d’avoir les cheveux longs, courts, roux ou d’avoir pour modèle cette businesswoman qu’est Ellen Desgeneres. Nous pouvons aussi bien être des mordus de Joan Miro que de Colette.

L’archétype est un leurre, et les clichés sont fades. Nous sommes les brebis galeuses d’une société où l’hétérosexualité est une norme; parias maudits, jugés, jaugés, vivant dans l’ombre parce que s’exposer nous vaudrait un lynchage moral, social et physique. Nous n’osons pas. Par égard pour vous. Qu’est-ce que la norme ? Pourquoi nos enfants seraient-ils sujets à un quelconque déséquilibre ? Avez-vous pensé, ne serait-ce qu’un instant, au fait que nous avions, nous et vous, si ça se trouve, les mêmes leitmotivs dans nos piètres existences ?Nous avons nos coups de gueule, nos coups de cœur, nos coups de vieux, nos goûts kitsch, notre hantise des OGM, des pesticides, de la guerre dans le monde, de la manipulation des médias. Comme vous, nous sommes intolérants au gluten, ou à la pénicilline, ou les deux à la fois. Nous n’avons, en revanche, aucune intolérance à votre égard : nous condamnons, comme vous, les actes barbares de l’humanité, les ravages de la Gestapo, les lobbys de l’industrie pharmaceutique, la publicité mensongère, la pédophilie, l’oppression de la vox populi.Nous sommes partout, vous nous côtoyez, nous ne sommes pas la cause majeure de la propagation de certaines épidémies et autres cataclysmes. Nous vous demandons simplement de vous défaire de votre carcan psychorigide, de faire passer vos idées préconçues à la trappe. Nous ne sommes pas un clan. Nous ne sommes pas une référence. Nous ne souffrons pas de déviance. Nous ne sommes pas une menace pour vos époux et épouses. Ce n’est pas contagieux, nous ne sommes pas lépreux. Nous ne sommes pas de mauvaises mères, des pères ingrats, des détraqués, des individus sans foi ni loi. Nous sommes conscients que notre différence vous dérange. Nous ne sommes pas un fléau, nous ne sommes pas ceux par qui le mal arrive, nous ne cherchons pas à faire dans le mimétisme de l’Occident … Abou Nawas, vous en faites quoi ?Nous n’attendons pas forcément d’abrogation de loi, nous avons fait de l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » notre credo et que nous ne nous en portons pas plus mal. Et ça nous sied. Mais de grâce, épargnez-nous les sobriquets qui dérangent, les appellations qui humilient.

Nous ne faisons pas forcément dans le communautarisme hostile. Nous pouvons être du même groupe ethnique, abstentionnistes ou pas. Notre penchant n’est qu’un penchant. Tout comme le vôtre n’est jamais, au grand jamais, fustigé. La similitude rassure, les cocons aseptisés aussi. Nous vous l’accordons.  Nos élans affectifs sont ce qu’ils sont.Votre collègue introverti, votre esthéticienne dévouée, votre infirmier, votre kinésithérapeute, votre voisine de palier, votre secrétaire de direction ou l’acteur débonnaire qui passe sur vos écrans cathodiques.Rappelez-vous simplement que l’amour n’a pas de sexe et que la bêtise n’arbore aucun drapeau, aucune nationalité, aucun groupe sanguin. Elle est universelle.

Anna Karénine

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