Quand le cinéma dérange

imagesComme si nous avions besoin que Monseigneur Nabil vienne derrière sa caméra nous ouvrir les yeux sur certaines réalités sociales qui existent au Maroc (tout comme dans plein d’autres pays)… alors la prochaine fois ce sera quoi ? « la corruption au Maroc »? Ou bien le » désenclavement du Maroc profond »? « le mariage des mineures peut-être »?… Merci infiniment ssi Ayouch d’exister pour nous déniaiser… Nous avions tellement besoin de votre lumineuse et providentielle présence dans le paysage Audio-visuel marocain.
Les leçons ont été tirées du Buzz-impact de films au langage cru tel que « Zéro » « CasaNegra » ou l’audace et l’aplomb (pendant les années de plomb) de notre Roger Vadim local ;Abdelkader Lagtaa (un amour à Casablanca 1990)…C’est dans l’air du temps de provoquer pour faire le buzz et over-doper le Box-office… Faut pas trop s’emballer, ce sera juste une autre curiosité de plus que laissera passer le CCM histoire de pas louper le chiffre d’affaires… Ce sera rapidement oublié à mon avis (classé tout au moins dans les archives), les vrais classiques cinématographiques qui marquent durablement les générations et contribuent à l’éducation culturelle des cinéphiles c’est malheureusement pas chez nous qu’ils sont conçus. Avec des trailers pareils en avant première sur YouTube ce n’est pas la culture qui est mise en relief ou peut-être juste ses 3 premières lettres… Ce n’est certainement pas comme ça que le Cinéma Marocain va gagner ses lettres de noblesse émoticône smile
Et pourtant… et pourtant les esprits s’échauffent, les imaginations s’enflamment et s’élancent vaillamment tels un Taureau Andalou fonçant tête baissée dans l’arène de nos fantasmes les plus débridés prêt à en découdre avec ce satané Toréro qui ne cesse d’agiter comme un hystérique sa muleta pleine de morale, rouge de désir et pourtant sombre de reproches et de promesses de châtiments….pathétique Corrida !!
Finalement, entre détracteurs féroces et partisans déjà totalement acquis à la cause du film qu’est-ce qui motive ces vagues adverses parfois d’une violence digne des plus dangereux Tsunamis ? Pour les premiers, serait-ce l’envie de garder absolument tabou et caché dans l’ombre de nos névroses ce qui devrait le rester ? L’attachement réel et indéfectible à nos traditions marocaines qui baignent dans la H’chouma sous toutes ses déclinaisons ? Une foi musulmane véritable et sincère ? La honte d’une réalité sociale millénaire et à peine voilée(la prostitution) que le film se permet d’exhiber sans concessions à nos yeux incrédules ?
Et les partisans d’ores et déjà conquis, pourquoi accordent-t-ils un tel plébiscite à ce film pas encore sorti dans les salles ? Le bonheur de voir la liberté d’expression artistique s’élargir davantage ? Un malin plaisir à provoquer celles et ceux chez qui un bout de sein ou de croupe dénudés montrés à l’écran provoque un tremblement de terre émotionnel (tremblement de chair ??)
La volonté sincère de débattre sans se voiler la face du problème posé par celles et ceux qui font commerce de leurs fesses ?
Autant de réponses que d’intervenants certainement… Ce qui est sur et certain c’est que parmi ces deux groupes que tout semble opposer, une grande majorité ira regarder le film, par curiosité, par envie, par voyeurisme basique aussi… Comment en ressortiront-ils ? Critiques ? Prêts à débattre ? Haineux ? Dégoûtés ? Gourmands de plaisirs interdits et tarifés ? Rendez-vous en Octobre pour se faire une idée plus précise…
Maintenant, cette société marocaine en profonde mutation qui voit de réelles avancées dans les libertés d’expression,est-elle réellement mûre pour assumer l’impact possible d’images et de mots crus qui viennent la décrire dans un de ses aspects nocturnes les plus glauques ? Rien n’est moins sûr… On aura beau écrire et décrire le plus vieux métier du monde… il continuera d’exister et de proliférer, car il se nourrit du creuset alimenté par le désir pervers de ceux qui fréquentent les vendeuses de charme, prêtes à tout pour se sortir des tentacules de la misère ou prisonnières de leurs goûts de luxe et de vie facile…
Ce sera finalement juste une pellicule de plus qui sera un prétexte à du voyeurisme cinématographique et au mieux essaiera de consacrer nos acquis récents en matière de liberté d’expression en défiant un tabou social aussi colossal que sale.

Karim Lyazidi

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