Question d’argent

J’adore mes petits marocains, je leur porte une affection un peu maternelle parce qu’ils sont le produit de notre éducation en tant que société, en tant que mères, sœurs, amies, copines ou épouses. C’est la raison pour laquelle, devant des comportements parfois ahurissants, j’essaye de ne pas m’arrêter à mon envie de les envoyer paître loin de ma vue ou de leur balancer le premier objet potentiellement volant à la figure. J’essaye de comprendre, comme une mère qui ne sait pas à quel moment elle s’est trompée et je vous avoue que je me sens parfois dépassée par leur logique intérieure.

La question qui me laisse perplexe ces derniers temps est celle de l’argent dans un couple qui fait ses tout premiers pas. J’ai l’impression qu’il y a un malaise nouveau au sujet du financement des activités d’un couple récemment formé. Je parle de cette première phase de découverte où l’on a tendance à se donner des rendez-vous, à se voir souvent en extérieur, au restaurant ou ailleurs, voire à partir en weekend quelque part. Les hommes jusque-là, prenaient l’initiative de proposer et d’organiser ces sorties et ces escapades dont le but, finalement, est de faire connaissance dans le meilleur cadre possible. On peut dire que cette période correspond à des fiançailles des temps modernes où chacun se présente sous son meilleur jour et où les activités partagées servent de base aux sentiments naissants et aux premiers souvenirs en commun.

Mon ressenti est que, ces toutes dernières années, ces messieurs sont devenus très regardants sur ce que peuvent leur coûter ces activités, ils sont de plus en plus réticents à les prendre en charge sous prétexte que les femmes gagnent de l’argent aussi et que si elles y tiennent tant que ça, elles n’ont qu’à les financer. Je vois mes concitoyens développer des attitudes très cheap et je me demande parfois s’ils ne couvent pas une espèce de rancœur qui ne dit pas son nom vis-à-vis des femmes libérées que beaucoup d’entre nous sommes devenues. Certes, il y a cette hantise des filles matérialistes qui est resservie à toutes les sauces comme s’ils ne savaient plus faire la différence entre une fille qui ne cherche qu’un statut et une autre qui s’intéresse réellement à leur misérable vie, mais j’ai envie de croire qu’ils sont plus lucides que ça. En résumé messieurs, vous devenez avares et pire encore, je vous vois perdre les principes de galanterie de base dans lesquels vous avez été éduqués. Vous êtes bien contents de rencontrer une fille intéressante, cultivée en plus d’être mignonne, vous vous dites, ça y est j’ai touché le gros lot et vous la traitez comme votre pote de caserne, expliquez-moi un peu ce qui vous arrive s’il vous plait parce que je n’y comprends plus rien.

La phase de séduction, encore une fois, est celles où le charme qui a opéré initialement entre les deux personnes et l’intérêt que chacun a pu susciter se confirment et il faut créer une ambiance propice à leur épanouissement. Toute femme a besoin de vivre cette étape pour se sentir désirée et ce sont les efforts de l’homme pour la surprendre et lui faire plaisir qui confirment pour elle ce désir. Nos aînés qui avaient indéniablement plus de savoir-vivre,  entouraient volontiers  leurs dulcinées de fleurs et d’autres présents pour les assurer de leur intérêt et de leur désir durant cette phase mais ça, c’était une autre époque. Lorsqu’un homme prend soin des débuts de sa relation, il jette les bases pour un amour sincère et inconditionnel en retour parce qu’une femme qui s’est sentie aimée et désirée, qui est sure de l’avoir été, rendra cet amour à l’infini. Pour être pragmatique, c’est un bon investissement.

Le fait pour l’homme d’assumer son rôle dans cette période de séduction ne signifie absolument pas que la femme ne participera pas par la suite aux finances du couple. Ça n’a juste rien à voir, l’étape de la vie commune est encore loin et il n’est pas possible de se comporter durant les première semaines d’une relation comme un vieux couple avec compte épargne commun et crédit à la consommation à honorer. Ceci est le début et pour ceux qui affirment leur hétérosexualité comme une « valeur » inébranlable, c’est bien avec des femmes que vous tenez absolument à sortir n’est-ce-pas ? Vous qui êtes tellement chatouilleux et susceptibles au sujet de votre virilité, comment osez vous faire l’impasse sur cette danse de séduction où les rôles sont pourtant clairement répartis entre les sexes ? Orchestrer cette phase, la rendre la plus agréable possible est la mission de l’homme et cette mission est à sa charge.

Et la femme dans tout ça ? Elle se contente de recevoir ? Elle reste là à ne rien faire, à attendre que l’homme propose, passe la récupérer, mette la main à la poche pour payer le resto, le bouquet de fleurs, la chambre d’hôtel ? Détrompez-vous les amis. C’est tout un travail que de se faire belles pour vous et cela nous consomme beaucoup de temps et d’argent, vous n’avez pas idée d’autant que nous devons trouver ce temps dans des agendas de plus en plus chargés. Sachant pertinemment que nous vous avons plu au moins autant par notre physique que par notre esprit, nous n’aurions pas l’idée au nom de l’égalité des sexes et des diplômes, de débarquer à nos rendez-vous en jogging, tous duvets dehors, sans être passées par la case coiffure, maquillage et costume, pourtant ce n’est pas l’envie qui nous en manque des fois, mais nous faisons l’effort d’être présentables. C’est bien ça la confusion que nous nous refusons à clarifier. Oui la parité, oui l’égalité, oui tout ce que vous voulez mais pas au prix de la séduction.

Les garçons ne veulent plus payer pour ces activités nécessaires à un couple qui se découvre, très bien. Ils veulent abandonner ce rôle parce que les filles travaillent aussi et gagnent tout autant, pas de problème. Je propose que nous aussi nous fassions l’économie du budget que cela représente d’être si agréables à regarder (et plus si affinités), à coup de soins esthétiques, épilation, soins de visage, coiffure, crèmes et autres produits d’entretien, de fringues allant de la lingerie aux vêtements, en passant par les chaussures, les sacs et autres accessoires de joaillerie, le budget est colossal. Certes, nous sommes naturellement sublimes mais la petite opération de mise en valeur pèse bien plus lourd que tous vos diners et escapades en bord de mer. Si vous avez pris la résolution d’abandonner votre rôle, dites-le nous clairement, nous abandonnerons le notre aussi et nous pourrons allez tous les deux la main dans la main au McDo du coin tous poils dehors et faire ainsi des épargnes, nous pourrons aussi nous voir exclusivement à la maison, pour ne pas dépenser le moindre sou.

L’erreur de ne pas fournir d’effort pour valoriser sa copine est qu’elle ne vous verra pas comme l’homme de ses rêves mais comme un banal compagnon, un pote de régiment encore une fois et on en a plein des potes, on n’en voulait pas un de plus. Vous ne pouvez pas faire rêver si vous tuez le rêve à sa naissance et vous ne devriez pas refuser à une fille de la traiter comme une princesse parce que cette princesse a été à l’université ou aux grandes écoles. Et vous n’êtes pas obligés de vous ruiner pour ça, ce sont les attentions qui nous touchent le plus, le fait de sentir qu’il y a eu une réflexion, une organisation derrière le plan proposé et ce, dans le but de nous voir heureuses et émues. Au lieu d’essayer de comprendre ça, que faites vous ? Vous vous raccrochez à la parité, c’est à mourir de rire, pour une fois qu’elle vous arrange cette parité, mais je vous assure que c’est un faux calcul. L’égalité et la séduction sont deux choses différentes, oui  nous faisons aussi bien dans le monde des études et du travail, je trouve ça inutile de le rappeler à chaque fois, mais ça ne veut absolument pas dire que nous n’avons pas envie d’être courtisées comme des femmes par des hommes qui se comportent comme tels. Pourquoi ce ressentiment qui explose vis-à-vis des femmes qui gagnent correctement leurs vies ? Pourquoi cette grève subite du portefeuille alors que ces mêmes hommes seraient scandalisés de voir apparaître leurs douces à l’état sauvage ? Ils seraient les premiers à leur reprocher de se laisser aller, de ne pas prendre soin d’elles.

Les garçons, s’il vous plait, arrêtez avec cette radinerie qui vous va si mal. Qui vous l’a enseignée ? Vous n’allez quand même pas nous en vouloir d’avoir reçu une éducation et d’exercer des métiers qui nous permettent d’être libres et indépendantes ? Vous ne seriez-pas en train de nous punir sournoisement de ne plus être dans un rapport de dépendance vis-à-vis de vous et de pouvoir théoriquement vous quitter si vous nous rendez malheureuses ? Je suis sure que vous êtes plus intelligents que ça et que vous vous dites que si cette fille a choisi d’être avec moi alors qu’elle n’a pas besoin de moi, c’est pour la meilleure raison qui soit, à savoir l’amour. Vous qui affirmez aimer les challenges, relevez celui de faire vivre et durer votre relation en rendant votre partenaire heureuse, faites des efforts pour elle, ayez des petites attentions. Traitez la comme il se doit et ne tuez pas la séduction parce qu’elle est vitale pour le couple, mettons-nous d’accord pour rester hommes et femmes là où il fait bon l’être ou créons un troisième sexe et définissons-le ensemble.

Ahlam Daoudi Chaieri   

 

 

 

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