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Alors vierge ou pas ?

On en discute tellement que je n’avais comme choix que d’en parler. C’est comme les Havaianas, toute personne « in » se doit d’en avoir une paire dans son placard. De même tout chroniqueur marocain qui se respecte se doit d’avoir dans ses archives un article sur la virginité. J’essayerai de traiter le sujet à polémique le plus discuté sur nos forums nationaux en deux parties, tellement il y a de choses à dire.
Il faudrait d’abord commencer par définir le terme loin de la définition sexiste malheureusement la plus répandue et qui réduit la virginité à la présence d’hymen. Être vierge signifie ne jamais avoir eu de relation sexuelle, concernant ainsi l’homme autant que la femme.

Cette définition réductrice est donc dramatiquement insensée. D’abord parce qu’elle exclue l’homme de la définition;  secundo parce qu’une fille peut avoir une vie sexuelle active tout en préservant son hymen intact et Tertio parce que cet hymen peut être rompu de façon accidentelle ou être carrément inexistant ou réparé chirurgicalement : Ainsi la présence d’hymen n’est en aucun cas garant de la virginité de la fille, tout comme son absence n’est synonyme de débauche. Cet hymen n’est en fait qu’un reliquat embryonnaire, tout comme l’appendice, sans plus ni moins. Ne lui accordons pas plus d’importance qu’il n’en a.

Certains prétendent que cette hystérie musulmane autour de ce bout de membrane est une prescription islamique. Mais il n’en ait rien. Certes l’Islam, comme toutes les autres religions, invite les hommes comme les femmes à la pudeur et à la chasteté ; et ce dans un souci de non banalisation de la sexualité – qui est une activité non sans conséquences autant physiques (enfantement) que psychiques (attachement). Mais il n’a jamais était question d’hymen. Aucun verset du Coran ni hadith prophétique ne parle de la virginité physique, encore moins de la virginité comme étant une prescription exclusive à la femme, tout comme il n’y a aucun verset coranique ou hadith prophétique interdisant à un homme de se marier avec une femme non vierge. Aucune fixation sur l’hymen, la preuve est que toutes les femmes du prophète (sauf Aïcha) étaient des veuves et des divorcées. Avoir des relations sexuelles avant le mariage est interdit en Islam, selon la majorité des lectures, mais si cela se produit ce n’est pas la condamnation radicale. Même en considérant la fornication comme un péché, perdre sa virginité avant le mariage  n’est pas un acte islamiquement impardonnable. Une femme qui n’est plus vierge peut tout de même décider de devenir chaste et travailler sa piété, l’Islam ne condamne nullement les non vierges au rejet inéluctable et définitif, comme si elles avaient commis l’irréparable.

Mais malheureusement dans nos sociétés modernes, le paraitre l’emporte sur l’être. Les musulmans modernes, n’ont pas manqué à la règle. Alors même le spirituel est jugé sur l’apparence : la barbe, le hijab et donc l’hymen deviennent les garants de la piété. L’intégrité de l’hymen l’emporte sur la chasteté, la crainte de la honte communautaire prédomine sur celle de Dieu.

Si elle n’est pas islamique, d’où nous vient alors cette fixation maladive sur l’hymen de la femme ? Freud y a répondu dans son traité des tabous : l’homme a toujours cherché à s’accaparer le sexe de la femme. La masculinisation des interprétations islamiques n’a fait que servir ce fantasme. Ainsi le misogyne se sentira “trahi” si sa femme a connu un autre homme avant lui. Parce que dans son intime conviction, le corps de sa femme lui appartient avant même qu’il ne la rencontre. D’autant plus que l’éducation ségrégationniste, qui présente la virginité comme une qualité substantielle chez la fille et un défaut (manque de virilité) chez le garçon, ne fait que nourrir cette mentalité grippée et l’érige dangereusement comme prescription religieuse pour la transmettre à sa descendance, de façon fallacieuse, comme on transmet une tare.

La question de la virginité appartient au domaine de la coutume culturelle plutôt que celui de la tradition religieuse islamique. Pour faire un peu d’histoire, c’est dans la culture méditerranéenne où l’on étendait à la fenêtre les draps de la nouvelle mariée, tachés de son sang, le lendemain de ses noces. Cela se faisait il y a quelques décennies encore dans le Sud de la France, en Espagne, en Italie, en Grèce.. Ces traditions continuent dans les pays du Maghreb, où c’est parfois un cortège familial qui exhibe au matin les draps tachetés, tradition folklorique oblige.

Ainsi, la question de la virginité qui obsède tant les esprits aujourd’hui au sein de la communauté musulmane, n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt d’un mal être identitaire, qui renvoie vers des questions beaucoup plus profondes que cette intégrité anatomique qu’on exige, uniquement chez les femmes.

Alors après cette mise au point, attaquons la question la plus récurrente sur nos forums maghrébins: “la virginité est-elle importante ?”

Il faudrait d’abord définir la sphère dans laquelle on se place. Il en existe 3 : la société, le couple et la personne. Aussi, traiter de l’importance d’une chose ne peut être que très subjectif et donc restera stérile et ne fera pas avancer le débat. Il faut, selon moi, l’aborder de façon essentialiste : la virginité est-elle une qualité ? Et si oui, serait elle une qualité personnelle ou humainement nécessaire ?

– A l’échelle individuelle : La virginité est obligatoirement importante. Personne ne perd sa virginité sans se poser de questions. Etape inévitable dans la vie de tout être humain, perdre sa virginité n’est jamais qu’une simple formalité. Pour la simple raison qu’elle ne se perd qu’une seule fois et avec une seule personne. Voilà pourquoi certain(e)s la considèrent comme quelque chose de spécial, qu’on offre à son conjoint. Cependant il revient à chacun de faire le libre choix du moment et du partenaire.

– A l’échelle du couple : Tout dépend du partenaire, cela va de « peu importe » à « c’est vital » en passant par « de préférence ». En fonction de la culture et de l’éducation de chacun, à respecter dans tous les cas. Chacun a le droit d’exiger et de fixer les critères de son choix qu’il souhaite retrouver chez son partenaire. Que cela soit pertinent ou pas, qu’il trouve ou qu’il ne trouve pas, cela ne concerne que lui. La virginité peut être une qualité personnelle aux yeux du partenaire. Tout est de savoir pourquoi ce dernier veut épouser cette personne là et pas une autre. On peut aimer une personne pour sa gentillesse, son intelligence, son caractère, sa beauté… Tout ce qui fait la particularité de cette personne. Le fait qu’elle soit encore vierge peut faire partie de ce “tout”.

Ceci dit; quand un homme exige de son épouse une virginité qu’il s’est imposé à lui-même, le couple se construit dès lors sur le principe d’égalité. Mais quand il exige que son épouse soit vierge alors qu’il ne l’est plus, c’est bâtir le couple sur une inégalité. Considérer la virginité comme une qualité, exigée chez l’autre sans pouvoir s’y contraindre, c’est ne pas pouvoir pardonner aux autres ce qu’on se pardonne à soi. La religion n’a rien à voir là dedans: C’est la loi des machistes, pas la loi de Dieu. Et il est regrettable de voir des femmes accepter cette inégalité, allant même jusqu’à mentir, voire se faire recoudre, pour y souscrire. Afin de plaire à des hommes exigeant envers les autres, très peu envers eux-mêmes. Ce qu’elles ignorent c’est qu’il s’agit là d’un véritable trait de caractère, qui depasse l’exigence de la virginité, et qui est très difficile à vivre par la suite.

– A l’échelle sociale : Je pense qu’elle ne devrait pas l’être. Car déjà, comme nous l’avons vu, il n’y a aucun moyen de vérifier la virginité d’une personne, homme ou femme : tout comme le jeun. Rendre la virginité importante à l’échelle de la société, c’est en faire une qualité humaine essentielle, qui dépasse l’opinion personnelle (les convictions intimes, qui diffèrent d’une personne à une autre, ne devant pas être imposées en société).

La question est donc de savoir si la virginité est une qualité “essentielle” de l’humain.

“L’essence” d’une chose c’est sa nature. C’est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, et sans quoi, elle n’est plus. Ainsi l’eau a pour qualités essentielles d’être inodore, incolore et sans saveur; en perdant une de ses qualités, elle n’est plus eau.

Si la virginité est une qualité essentielle chez l’Homme, l’humain qui perd sa virginité serait donc moins humain; une femme non vierge serait donc une moindre femme.  Et ils seraient condamnés à vie à ce statut mineur, vu que la virginité ne se récupère pas. Ils deviendraient donc définitivement des sous-Hommes. C’est-à-dire des animaux.

D’autre part, la virginité se perd, tout au mieux, la nuit de noces. L’épouse, hier femme à part entière parce que vierge, perdrait une de ses qualités qui fait son essence, à la suite d’un si heureux événement. Le mariage, symbole de pureté, retire-t-il des qualités dites de piété ? Bien sur que non. En fait, la véritable qualité qui mérite qu’on s’y intéresse est la “chasteté”. Sa définition est morale et guère physique. Elle n’exige donc pas la virginité. Elle peut commencer avant le mariage ou à son occasion et contrairement à la virginité, elle peut se continuer au delà, jusqu’à la mort. C’est donc la chasteté qui est la qualité à rechercher chez son partenaire si l’on souhaite sa fidélité.

Rendre la virginité importante socialement donne naissance à des ignominies telle que le certificat de virginité délivré à la femme avant son mariage, pour garantir au futur mari et à sa famille que la marchandise est intacte. Qu’il ne lui manque aucune pièce. Comment une femme, qu’elle soit vierge ou pas, peut elle accepter d’être rabaissée de la sorte ? Et au nom de la religion. C’est déshumaniser la femme que de raisonner de la sorte. Elle devient un objet, qu’il faut acheter neuf et pas d’occasion.
D’ailleurs le terme “vierge” est très chosifiant. On parle par exemple de casier judiciaire vierge en l’absence d’antécédents judiciaires. Ou alors on se sert du mot pour désigner une chose encore jamais utilisée: une feuille vierge, une cassette vierge sur laquelle rien n’a encore été enregistré. C’est cette virginité des choses que certains recherchent chez leur future épouse.

Ce genre de pratique ne doit plus être toléré, et c’est aux femmes de protester pour défendre leur dignité humaine. Malheureusement, beaucoup cèdent sous la pression familiale et sociale. Mais il faut savoir que dans une relation, une femme qui se laisse traiter comme un objet au début est condamnée à le rester pour le reste de cette union.

Pour conclure, je pense que dans notre société, la virginité se doit de redevenir un choix personnel, et non pas une obligation. Une fille qui aimerait se préserver devrait le faire pour elle, par principe, et non pas pour un homme. L’hymenoplastie, qui sert à tromper le partenaire, sera alors bannie. Il faudra aussi clarifier les choses du point de vue religieux, pour que certains arrêtent de se cacher derrière une argumentation transcendante, à l’origine de ces crispations qui pèsent sur le dos des femmes, pour justifier leur machisme. Il est également indispensable que les familles arrêtent de considérer leur honneur sauf, lorsque le certificat de virginité de leur fille est délivré au futur mari. Devrait-on, peut être, perforer l’hymen dès la naissance à toutes les filles pour que les mentalités arrêtent d’en faire une obsession et comprendre que la femme n’est pas qu’un ensemble d’organes, l’absence d’hymen n’enlève rien à son intégrité.

Certains hommes ont placé leur honneur bien bas, sous la culotte des femmes – où l’on va vérifier que personne n’est passé avant. L’important, à mon sens, n’est pas forcement d’être le premier entre les cuisses d’une femme, mais plutôt le dernier dans son cœur. Et ce n’est plus tache facile parce que les femmes actuellement sont, et se doivent d’être, exigeantes. Elles décident beaucoup plus facilement que leurs grand-mères d’aller voir ailleurs quand leur époux n’est plus à la hauteur. Il serait donc plus raisonnable de se concentrer sur d’autres aspects que la virginité de notre futur conjoint, pour bâtir un couple solide qui pourrait résister à l’épreuve du temps. Délaisser le détail anatomique et se concentrer sur l’essentiel moral.

Après, à chacun ses opinions.

Nawfel Chana

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9 réflexions sur “ Alors vierge ou pas ? ”

  1. Excellent article de Nawfel!

    Comme souvent, les gens ont tendance à confondre ce qui fait partie de l’islam et ce qui relève des traditions arabes (souvent misogynes, … et anti-islamiques).

    Merci à HyawHowa d’avoir partagé cet article jusqu’à sur mon mur facebook… 😉

  2. الدفاع على شيء ليس بمقدوركم التحكم فيه للاغراءات المتاحة امامكم و ضعف شخصيتكم امام شهواتكم الرخيصة فالرجل في حاجة الى امراة قوية و عفيفة قادرة على الحفاظ على شرفها وشرف اسرتهابشخصية قويةثم صيانة اسرتها الزوج و الابناء

  3. Vraiment rien à dire, un bon analyse, soigné et à la hauteur … chapeau
    J’espère que l’homme exhausse son point de vu, sur la virginité de la femme, en essayant de se concentrer au meilleur paragraphe du texte :
    « Il serait donc plus raisonnable de se concentrer sur d’autres aspects que la virginité de notre futur conjoint, pour bâtir un couple solide qui pourrait résister à l’épreuve du temps. Délaisser le détail anatomique et se concentrer sur l’essentiel moral »

  4. Je trouve la qualité de la réflexion assez pertinente. Nawfel chana très bonne esprit de synthèse. Aussi, je doit dire que je pense exactement la même chose. Ceci, dit j aimerai rajouter que la véritable problématique est plutôt dans ce conflit génération el, des mentalitées trop contrastées, faute de débat et d ouverture. La modernité de façade, qui cache un archaïsme des plus dévastateur…
    Merci bonne continuation

  5. Bonjour,
    “ce n’est plus tache facile parce que les femmes actuellement sont, et se doivent d’être, exigeantes. Elles décident beaucoup plus facilement que leurs grand-mères d’aller voir ailleurs quand leur époux n’est plus à la hauteur.”
    Comme ça l’exigence est devenue synonyme d’adultère, malhonnêteté, trahison et de perfidie…
    Quel raisonnement?!!

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