TOUT UN FILM POUR UN FILM !

Censurer un film, est douter de l’intelligence du marocain. C’est lui dire « Écoute pauvre marocain, nous savons que tu ne sais pas réfléchir, alors nous le ferons à ta place. Nous l’interdirons, parce qu’autrement, tu seras facilement influencé. Tu deviendras tout comme le personnage. C’est pour ton bien« .

La vraie insulte dans toutes ces manifestations n’est pas le fait que Nabil Ayouch ait fait un film sur les prostituées, avec un langage cru.

La vraie insulte est de crier dans la rue, que Much Loved parle de la femme marocaine et touche à son honneur. Là, on mal interprète réellement ce qu’est ce film. Et nous mettons toutes les femmes dans la même case. Nous prétendons que toutes les femmes sont des prostituées.

La femme marocaine, tout comme toutes les femmes dans le monde, parmi elles se trouvent des prostituées. Des Directrices. Des journalistes. Des réalisatrices. Des amoureuses. Des femmes libres. Des femmes au foyer … et j’en passe.

Et de ces gens-là, qui crient leur honte, leur mécontentement et leur haine, je ne peux m’empêcher de me demander, combien d’entre eux sont allés voir un film pour la dernière fois ? Sont-ils au courant qu’il y en a plusieurs en ce moment même et que personne ne leur impose d’aller en voir un, bien précis, qui n’est toujours pas sorti.

L’art n’est pas supposé être apprécié par tout le monde. Il a pour devoir de parler et faire parler. De la société. De la vie. L’art montre la beauté des choses. Parler de tout ce qu’il y a de pire en l’Homme. Il y a ceux qui montrent un aspect, d’autres en montrent un autre.

Censurer le film est ajouter une cicatrice plus profonde dans le corps de ce Maroc qui se veut libre. Qui se veut démocratique. Qui se veut ouvert.

Censurer un film, parce qu’il traite d’un sujet dérangeant, une réalité existante, est un acte tyrannique. Se donner ce pouvoir est un abus. Une insulte envers toutes ces marocaines et marocains qui allaient payer pour voir ce film, sans pour autant en sortir des « prostitués ».

Nous avons toujours su qu’il y avait des prostituées. Nous savons tous que milliers de Saoudiens, Emiratis, Qataris et autres, viennent chez nous et pas pour la beauté des paysages. Ils ont droit à des femmes. À des hommes. À des enfants. Et de ça, aucun haut placé n’ose en parler, encore moins le ministre de la dé-communication. Car pour parler il faut aussi agir. Nous ne pouvons pas arrêter toutes les prostituées. Plusieurs personnes viennent dans ce pays pour elles. Une partie de l’économie du pays dépend de ce tourisme. Qu’on ne se leurre pas. Qu’on ne se leurre plus.

S’attaquer au film de Nabil Ayouch, aux autres films, livres … c’est s’attaquer à une proie facile. Parce que l’on est incapable de s’attaquer à ce qui est vrai. Le vrai soucis.

Le travail du gouvernement ne devrait pas être « censurer les films qui nous dérangent« , mais plutôt veiller à ce que toutes ces femmes qui, pour une raison ou une autre, se sont retrouvées à vendre leurs corps dans les rues cruelles de notre pays, et s’assurer qu’elles aient un minimum de protection.

Le travail du gouvernement ne devrait pas être de censurer un film. Mais plutôt d’être certain qu’aucun enfant ne soit victime de viol, de la part de gens, qui viennent et reviennent, que pour goûter à cette chair fraîche en contre partie de quelques dirhams.

Censurer #MuchLoved de Nabil Ayouch​, est équivaut à censurer la parole tout court. La libre pensée. La liberté d’expression. Un droit fondamental.

Avec cet acte, le gouvernement tente de mettre la poussière sous le tapis pour prétendre que la maison est bien nettoyée. Il veille à mettre un pansement sur un corps éventré.

Le gouvernement, dont Mustapha Khalfi​, devraient reconnaître les vrais problèmes que connaissent les marocains. C’était leur promesse. Et le vrai problème des marocains, n’est pas un film.

Arrêtez de faire tout un film, pour un film que personne n’a encore vu !

Hicham Tahir

Partagez avec vos amis!
Share On Facebook
Share On Twitter
Share On Google Plus
Share On Linkedin
Share On Pinterest
Contact us