Virginité : entre tabous et omerta, état des lieux

L’idéal de la virginité est l’idéal de ceux qui veulent dépuceler, disait Karl Kraus. Ceci expliquerait l’attitude de nos mâles en rut, faisant des élans concupiscents et de l’exultation de la chair un terrain dont ils ont l’exclusivité et où ils sont les seuls à avoir le droit de veto. Ils érigent des diktats, auxquels se plient avec asservissement les femmes. Épouses et filles s’astreignent à assurer sa pérennité en pliant l’échine, elles s’exhortent à correspondre à cet idéal, frêle image d’Epinal créée de toutes pièces par et pour l’homme.

La virginité est le fait de garder intacte l’hymen, qui se situe à l’entrance du « minou » et qui est rompu à la défloration. Sa présence est intimement liée dans les mentalités étriquées à l’honneur ; la garder intacte est signe de chasteté de corps et d’esprit, quoique … la réalité est tout autre !

Entre l’esprit traditionnel conservateur et les pulsions charnelles du corps, la femme entre en tiraillement terrible.Le joug des traditions lui pèse lourdement, elle aspire à se libérer de ces chaines pour répondre aux exigences d’une société qui ne lui a jamais demandé son avis.

L’interdit ayant toujours attisé l’envie à travers les âges et les ères, la transgression ayant toujours excité l’être humain, certaines sautent le pas du dépucelage en vu de disposer pleinement de leurs corps dans le but de mieux de le découvrir, laissant de côté la pratique solitaire qui en dit long sur leurs zones érogènes ; tandis que d’autres s’essayent à l’expérimentation saphique, présentant moins de risque pour leurs hymens.

La virginité 2.0 est une mascarade collective à quelques exceptions près : Cédant à l’hypocrisie ambiante, elles redoublent de ruses pour masquer leur batifolages et croque la pomme interdite en incitant leurs partenaires à passer par l’arrière-boutique, pour les prudes, et y vont franchement quand leur famille ne leur brandit pas sous le nez le spectre de l’examen d’hymen par souci de contrôle de la marchandise de leur progéniture.
Certains parents, puritains de souche, crient au diable dès qu’une liaison à rallonge avec un représentant du sexe opposé commence à se révéler pesante et suscite moultes interrogations de leur part, quand ils ne vont pas houspiller ce dernier et sa famille, laquelle tribu ne manque pas de souligner l’importance capitale du petit bout de chair entre les cuisses de la future compagne potentielle.
Ces mêmes parents ont d’antan été terrorisés par la nuit de noces et tout le toutim qui s’ensuivait, déballage sanglant à la limite du barbare où le « sarouel » maculé devait être impérativement exhibé après les quinze minutes conventionnelles de coït ; les pauvres mariés se voyaient pressés et surveillés dans leur besogne alors que, se connaissant à peine, chacun était obnubilé par cette preuve en image (et en hémoglobine) qu’il fallait remettre pour sauver l’honneur des uns et des autres. « Aarifates », expertes ès minous novices, et autres tantes ne se privaient pas de tambouriner à la porte de l’alcôve conjugale, tandis que patriarches, eux, scrutaient tout ceci de loin d’un œil anxieux dans l’attente de l’apparition de la tache, gage de chasteté, qui ne manquait pas d’être accueillie par des youyous stridents.
Les rejetons de soixante-huitards aguerris, eux, ont droit à une litanie tout droit sortie de l’esplanade de Woodstock quand ils se risquent à évoquer la possibilité d’être soumis à pareil traitement dégradant le soir de l’ultime capitulation : « Nous ne sommes pas des Sioux, Bon Dieu de bonsoir ! »
En leur temps, le libertinage débridé à coups de timbres hallucinogènes était monnaie courante. Pour eux, celui qui n’a pas butiné de mont de Vénus en vallée ardente n’a pas vécu. Et leurs gosses de soupirer avec soulagement, se sentant exemptés d’un lourd fardeau.
Car, oui, l’hymen est un fardeau pour celles qui ont eu le malheur de ne pas naître dotées d’un corps caverneux spongieux. Il en découle culpabilité, remords, fausse rédemption caractérisée par un changement radical sous couvert de révélation spirituelle, mariages de convenance, IVG clandestines et bleus à l’âme, pouvant mener au suicide. Les crimes d’honneur se font sous silence, les femmes sont taxées de catins peu scrupuleuses, de véritables sorcières à exécuter sur le bûcher.
Le jugement des autres est le pire des supplices. La femme est à l’origine de tous les maux, elle est pécheresse, tentatrice, vicieuse, souillée, instigatrice de la turpitude, dépourvue de toute pudeur. L’éducation de la hchouma nous mènera inexorablement à notre perte. L’homme, lui, ne sait point sur quel pied danser : il est en cavale après les chutes de reins affriolantes, tandis que ses sœurs doivent accepter la réclusion dans le giron parental jusqu’à ce qu’elles se trouvent un mari décent. A ses yeux, toute femme ayant eu l’indécence d’avoir donné libre cours à ses désirs est impure, mais il n’a de cesse de fantasmer sur une nymphe qui lui serait livrée avec une membrane sous scellé ; poule pondeuse en devenir qui lui sera soigneusement choisie par sa maman qui n’est pas dupe de ses pérégrinations de mâle. L’élue sera soumise aux épreuves les plus éprouvantes qui soient, la belle-mère menant tout ceci d’une main habile d’entremetteuse avertie, son œil acéré détecte toute usurpatrice qui ignore les usages détournés des fruits à forme phallique.
L’amalgame est ainsi vite fait entre péripatéticienne de fonction et jeune femme à l’épanouissement sexuel notoire, mais combien de vicieux sont encore en divagation parce qu’une traître loi ne protège pas les victimes d’inceste et de viol, dites-vous bien que, quand bien même nous soyons en 2015, une loi tout droit sortie de l’âge des cavernes – et dont l’abolition, elle, est constamment reléguée aux calendes grecques – autorisent ces détraqués à convoler en juste noce avec ces femmes dont ils ont brisé les ailes et estropié l’être. Bien sûr, les réfections d’hymen reconstruisent ce qui a été détérioré – business florissant d’ailleurs, les adresses des praticiens s’échangent entre initiées et habituée de la chose, mais quid de la vie après l’hyménoplastie ?
Les stéréotypes ont encore une longue vie prospère devant eux, et gangrènent notre société en mal de modèles et de valeurs. Une phrase glanée sur internet décrète, qu’après tout, quel utilité pourrait diantre avoir un hymen dans un corps vierge si l’esprit, lui, est aussi reluisant qu’une vulve nauséabonde ?

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